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10ème Famille. -- GUIDRY ou GUAIDERY. --Nous sommes ici en présence d’une de ces familles, problématiques et vagabondes, dont on rencontre le nom très souvent dans les documents, et qui ne figurent même pas dans les recensements. On connaît leur existence, on pressent, par les détails de leur vie, que leur établissement doit être ancien en Acadie, mais on ne saurait en préciser l’époque, ni établir l’enchaînement méthodique des faits qui nous sont connus.
Les registres de Belle-Isle ne fournissent point leur généalogie, mais cette famille y est mentionnée deux fois. Dans la 12ème déclaration de la paroisse de Sauzon, on lit: “que Marie Leblanc, née en 1735 à Pigiguit, se maria à l’île St-Jean, à Anselme Guedry fils de Pierre Guédry et de Marguerite Brosseau, demeurant actuellement (1767) aux îles St-Pierre et Miquelon.”
Puis à la 13ème déclaration de Sauzon, il est fait mention d’une Marie Guédry qui était veuve d’un Benjamin Mius.
Dans les recensements que nous avons de L’Acadie, il n’est fait aucune mention des Guidry, sauf dans celui de 1698, et dans quelques petits recensements des côtes de l’Est.
Voici ce que dit le recensement de 1698: Paroisse de Port-Royal, Claude Guaidry, âgé de 50 ans, marié à Marguerite Petitpas, âgée de 40 ans, 10 enfants: Abraham 20 ans; -- Claude 16; -- Jean-Baptiste 14; -- Charles 12; -- Alexis 10; -- Augustin 8; -- Marie-Joseph 6; -- Claude 4; -- Joseph 3; -- Pierre 6 mois. Abraham l’aîné a donc dû naître en 1678; Claude Guaidry, son père marié vers 1676 à Port-Royal, où il était né en 1648.
Le recensement qui pécède celui-ci était de 1692, on n’y trouve aucune mention des Guaidry; et dans les recensements de 1699 et de 1701, il n’est déjà plus question d’eux. Claude Guaidry n’a donc été à Port-Royal qu’un oiseau de passage; il s’y montre cependant avec les apparences d’un homme civilisé, et d’un agriculteur, 10 vaches, des brebis, etc., etc.; mais il y a fagots et fagots, il y a aussi cultures et cultures, et s’il ramena ses vaches dans les roches de la Hève, il est probable qu’il n’en fit pas des vaches grasses.
En 1701 il résidait dans ce dernier pays de la Hève, car nous avons trouvé dans les registres de Port-Royal, que Claude Guidery et Marguerite Petitpas eurent en 1701 un nouvel enfant qui fut baptisé à Mirliguesh, sous le nom de Paul Guidery, son parrain était un Baptiste Guidery; cet enfant était le onzième garçon de la famille, et c’est celui de tous dont nous pouvons suivre le plus longtemps la trace, comme nous le verrons tout à l’heure.
Dans ces actes figurent de temps en temps des Guidery aux baptêmes et aux mariages, il en est de même dans les documents de la Nouvelle-Ecosse, sous l’administration anglaise; la famille Guidery avec plusieurs autres familles métisses, prirent alors des terres de la main du colonel Mascarene, sur la côte de l’Est. Dans les temps de la proscription, ces families métisses firent leur soumission, et prêtèrent serment aux Anglais.
Vers 1735 nous voyans entrer en scène ce Paul Guidery, le dernier enfant de Claude Guidery, dont nous avons ci-dessus relaté la naissance; c’était un garçon leste, adroit, paraît-il, et surtout fort gai, il est constamment désigné ainsi: Paul Guidery dit Grivois, ou quelquefois le Jovial; il épousa, un peu après 1730, Anne Mius d’Entremont, fille naturelle d’un Mius d’Entremont, et d’une squaw métisse de la côte de l’Est. Une fois marié il continua l’existence de son père, vivants de pêche et de cabotage; il pratiquait la pèche depuis la baie Ste-Marie jusqu’au Cap Nord de l’île du Cap-Breton.
En 1745 on le trouve toujours à Mirligouesh, où il passe pour un excellent pilote côtier (dépêche de M. de Beauharnois du 12 septembre 1745). Le 21 octobre 1747, il est mis hors la loi par Shirley avec 12 autres acadiens. A partir de ce moment, il cesse en quelque façon d’avoir une demeure fixe; les excursions de pêche et de cabotage deviennent son était normal autour de Louisbourg.
Au milieu des dépenses énormes qu’entraîne la création de cette place, il ramasse les miettes de ces prodigalités, et il vit sur as barque avec sa famille. Il fréquentait fort souvent la baie Espagnole d’où il rapportait de la houille et divers matériaux. Ce fut en ce lieu qu’il fit la rencontre d’un officier français nommé Bogard de Lanoue, lequel devint si fortement épris de l’une de ses filles, que, malgré la défense expresse de M. d’Aillebout, commandant du Cap-Breton, il parvint à l’épouser le 17 février 1755. Ce mariage fut attaqué en nullité, au nom du roi, parce qu’il était défendu aux officiers d’épouser des filles de sang mêlé; il en résulta un débat assez scadaleux, que nous avon résumé dans les notes de la colonie féodale, 4ème série No. V.
Après la prise de Louisbourg, Guidry fit sa soumission, comme presque tous les Métis des côtes de l’Est; il rentra dans ses cantonnements et on n’entendit plus parler de lui. Il est probable qu’il existe un bon nombre de descendants de cette famille, parmi les trois ou quatre mille personnes, réputées d’origine française, et qui sont dispersées sur la côte entre Halifax et la cap Sable. Parlent-ils encore français? ont-ils même conservé leurs nome sans trop les défigurer? je l’ignore; mais il est certain qu’ils ont conservé une tradition solide de leur origine française, dont ils réclament l’enregistrement à tous les recensements.
Tous les Guidry néanmoins ne sont pas restés fixés sur cette côte. Un des frères de Guidery le Grivois se rendit, au temps de la proscription, dans l’île St-Jean. Il se nommait Pierre et était né en 1698; un de ses fils nommé Anselme épousa alors dans cette île une fille dite Marie Leblanc, originaire de Pigiguitk. Lorsque l’île fut à son tour occupée par les Anglais, Pierre Guidry et sa femme, Marguerite Brosseau, se réfugièrent à St-Pierre et Miquelon, où ils étaient en 1767, et où leurs descendants existent peut-être encore aujourd’hui.
A quelle époque les Guidry sont-ils venus s’établir en Amérique? Nous n’avons sur ce point aucune donnée bien précise. D’après le recensement de 1698, Claude Guidry était né en 1648; c’est un homme qui avait toujours vécu en dehors du groupe agricole de Port-Royal; bien qu’il eût 23 ans en 1671, bien qu’il fût marié en 1676, et qu’il ait eu une nombreuse famille longtemps avant 1698, il ne figure dans aucun recensement antérieur, ni en 1671, ni en 1686, ni en 1693; on le rencontre fontuitement à Port-Royal en 1698, et depuis lors le nom de Guidry ne se retrouve plus sur aucune liste. Cette famille a donc toujours demeuré avec les sauvages et les Métis; Guidry est un homme de la Hève, il est né là, il y a vécu et il s’y plait; son père devait être une de ces rudes pratiques des côtes de l’Est, qui refusèrent de suivre D’Aulnay à Port-Royal; peut-être était-il venu avec Razilly, peut-être remontait-il au-delà, jusqu’aux compagnons de Latour et de Krainguille. Il est très possible qu’il ait épousé une squaw, comme Latour et plusieurs autres. Rien n’est certain, mais tout cela est possible!
Quoi qu’il en soit, la famille Guidry nous offre les mêmes caractères et les mêmes péripéties que les Martin, les Petitpas, les Lejeune, etc., etc., et on a tout droit de présumer qu’elle est très ancienne dans la contrée. Ces études nous donnent une idée approximative de cette société d’aventuriers que Razilly retrouva à la Hève, et une idée assez nette et assez claire du mélange qui se forma par l’adjonction des familles que ce dernier amena avec lui. Mélange assez mal défini, où prévalurent promptement des allures grossières et vagabondes, dont les traces survécurent longtemps dans certaines familles.
Cet état de choses n’avait cependant pas duré plus de 5 à 6 ans, et cependant D’Aulnay eut beucoup de peine à réagir contre cette influence, lorsqu’il voulut concentrer la populations française à Port-Royal; il fallut exercer une sorte de pression pour déterminer certaines familles à suivre le mouvement, quelque-unes même ne cédèrent point comme nous le voyons; elles restèrent parmi les sauvages et les Métis, ou y retournèrent plus tard. Or il suffit de suivre leur histoire et leur destinée, pour bien apprécier avec quelle sagesse et quelle juste prévoyance D’Aulnay s’établit loin des entrainements de la sauvagerie, à Port-Royal. Dans ce centre exclusivement agricole et français, il lui fut plus facile de préparer l’avenir de la société qu’il allait créer, car c’est dans la pratique d’un travail bien réglé, et d’une patiente économie que se formèrent peu à peu les fortes moeurs du peuple acadien. “
Translation:
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10th Family. -- GUIDRY or GUAIDERY. --We are here in the presence of one of those families, questionables and vagabonds, of whom we encounter the name very often within the records, and which does not even appear in the censuses. We are aware of their existence, we ascertain, from the details of their life, that their establishment in Acadia must be old, but we cannot state precisely the time nor establish the systematic linking of facts that are known to us.
The registers of Belle-Isle do not provide their genealogy, but that family is mentioned there twice. In the 12th declaration from the parish of Sauzon, one reads: “that Marie Leblanc, born in 1735 at Pigiguit, married at Isle St-Jean, to Anselme Guedry, son of Pierre Guédry and of Marguerite Brosseau, now (1767) living at Isles St-Pierre and Miquelon.”
Then in the 13th declaration of Sauzon, there is mentioned a Marie Guédry who was the widow of a Benjamin Mius.
In the censuses that we have of Acadia, there is not made any mention of Guidry except in that of 1698, and in a few small censuses of the East Coast.
Here is what the census of 1698 says: Parish of Port-Royal, Claude Guaidry, 50 years old, married to Marguerite Petitpas, 40 years old, 10 children: Abraham 20 years; -- Claude 16; -- Jean-Baptiste 14; -- Charles 12; -- Alexis 10; -- Augustin 8; -- Marie-Joseph 6; -- Claude 4; -- Joseph 3; -- Pierre 6 months. Abraham, the eldest, must, therefore, have been born in 1678; Claude Guaidry, his father, was married about 1676 at Port-Royal, where he was born in 1648.
The census which preceds this one was of 1692, one does not find there any mention of the Guaidry; and in the censuses of 1699 and 1701, there is already no more question of them. Claude Guaidry has not, to be sure, been at Port-Royal as a bird of passage; he is seen, however, with the appearances of a civilized man, of a farmer, 10 cows, some sheeps, etc., etc.; but men are not all alike, he also has there cultivated land, and he has brought his cows out of the rocks of La Hève, it is likely that it did not suit the fat cows.
In 1701 he resided in this rugged region of La Hève, for we have found in the register of Port-Royal, that Claude Guidery and Marguerite Petitpas had in 1701 a new child who was baptized at Mirliguesh, with the name of Paul Guidery, his godfather was a Baptiste Guidery; this child was the eleventh boy of the family, and he is the main one by whom we can follow the trail the longest time as we will see in a moment.
In these records appear from time to time some baptisms and marriages of the Guidery, there is the same about them in the documents of Nova Scotia, under the English administration; the Guidery family with several other hald-bred families, got then some land from the hand of Colonel Mascarene, on the East Coast. During the time of the exile, these half-bred families made their submission and took the oath from the English.
About 1735 se see entering on the scene this Paul Guidery, the last child of Claude Guidery, of whom we have related above the birth; he was an active, skillful young fellow, it appears, and especially quite merry, he is constantly called thus: Paul Guidery dit Grivois, or sometimes le Jovial; he married a little after 1730, Anne Mius d’Entremont, illegitimate daughter of a Mius d’Entremont and of a half-bred squaw of the East Coast. Once married he continued the life of his father, lifetime of fishing and of the coasting trade; he practiced the fishing from Baie St-Marie to Cap Nord of the Isle of Cap-Breton.
In 1745 we find him still at Mirligouesh, where he is considered an excellent coasting pilot (dispatch of M. de Beauharnois of 12 September 1745). The 21st of October 1747, he is made an outlaw by Shirley with 12 other Acadians. From this moment on, he ceases in any manner to have a fixed residence; the fishing and coasting trips become his normal circumstance around Louisbourg.
In the midst of the huge expenditures which the creation of that situation entails, he gathers the bits of these extravagance, and he lives on his boat with his family. He visited quite often the Baie Espagnole from where is brought back coal and miscellaneous materials. It was in this place that a French officer named Bogard de Lanoue, who became so strongly in love with one of his daughters, that, in spite of the formal pleas by M. d’Aillebout, commanding officer of Cap-Breton, he married her 17 February 1755. That marriage was contested with invalidity, in the name of the king, because it was forbidden for officers to marry girls of mixed blood; there resulted from it a rather scandalous debate, which we summarized in the
Notes de la Colonie Féodale, 4th series No. V.
After the capture of Louisbourg, Guidry submitted, as nearly all the Métis of the East Coast; he returned to his quarters and we no longer hear of him. It is probable that there are a considerable number of descendants of this family, among the three or four thousand persons, considered of French origin, and who are scattered on the coast between Halifax and Cap Sable. Do they still speak French? Have they also preserved their names without distorting them too much? I am unaware of it; but it is certain that they have preserved a strong tradition of their French origin, of which they demand recording of it in all the censuses.
All the Guidry nevertheless have not remained settled on that coast. One of the brothers of Guidery le Grivois surrendered, at the time of the exile, on the Isle St-Jean. He was called Pierre and was born in 1698; one of his sons named Anselme married then on that isle a girl called Marie Leblanc, originally of Pigiguitk. When the isle was occupied at his place by the English, Pierre Guidry and his wife Marguerite Brosseau, took refuge at St-Pierre and Miquelon, where they were in 1767, and where their descendants live perhaps even today.
At which time have the Guidry come to establish themselves in America? We do not have any very precise data on that point. According to the census of 1698, Claude Guidry was born in 1648; this is a man who had always lived outside of the agricultural group of Port-Royal; although he was 23 years old in 1671, although he has married in 1676, and that he has had a large family long before 1698, he does not appear in any earlier census, neither in 1671, nor in 1686, nor in 1693; we encounter him by chance at Port-Royal in 1698, and since then the name of Guidry is not met with again on any list. That family has, to be sure, always lived with the savages and the Métis; Guidry is a man of La Hève, he was born there, he has lived there and it pleases him; his father must have been one of those rugged characters of the East Coast, who refused to follow D’Aulnay to Port-Royal; perhaps he had come with Razilly, perhaps he went back further, even to the companions of Latour and of Krainguille. It is very possilbe that he married a squaw, as Latour and several others. Nothing is certain, but all this is possible!
Be that as it may, the Guidry family offers us the same characters and the same vicissitudes as the Martin, the Petitpas, the Lejeune, etc., etc., and we have every right to presume that they are very old in the country. These studies give us an approximate idea of that company of adventurers that Razilly met again at La Hève, and a perception rather distinct and rather free of mingling that took shape by joining of families that this last brought with him. Intermixing defined rather badly, were readily prevailed some rough demeanours and vagabonds, of which the traces survived a long time in certain families.
This state of affairs, however, had not lasted more than 5 or 6 years, and yet D’Aulnay had a great deal of difficulty to react against that influence, when he wanted to concentrate the French population at Port-Royal; it was necessary to exert a sort of pressure in order to cause certain families to follow the movement, some even did not submit as we see; they remained among the savages and the Métis, or returned there later. But it suffices to follow their history and their fate, in order to properly appreciate with what wisdom and what accurate foresight D’Aulnay settled far from the allurements of the wild, at Port-Royal. Within this center exclusively agricultural and French, it was easier for him to prepare the future of the community that he proceeded to create, because it is in the practice of a very steady occupation, and of an enduring economy that fashion little by little the strong manners and customs of the Acadian people. “
4508,4509 ____________________
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REGISTRES DES ACADIENS DE Belle-Île-en-MerCOPIE DU REGISTRE DES ACADIENS DE SAUZON
Déclaration de Joseph LeBlanc, du village de Bernantec.
L’an mil sept cent soixante-sept le six Mars a comparu Joseph LeBlanc demeurant au village de Bernantec, parioisse de Sauzon, lequel en présence de Joseph Babin, Louis Courtin, Pierre Doucet et Simon-Pierre Daigre, tous acadiens demeurans en cette isle, témoins, a déclaré . . .
Du mariage de Joseph LeBlanc et de Magdelaine La Lande sont nés à Pigiguit paroisse de l’Assomption, sçavoir: . . .
Marie Leblanc en mil sept cent trente-cinq, mariée à l’Isle Saint-Jean à Anselme Guedry, fils de Pierre Guedry et de Marguerite Brosseau, demeurant actuellement aux isles Saint-Pierre et Miquelon; . . . . “
Translation:
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REGISTER OF THE ACADIANS OF Belle-Île-en-MerCOPY OF THE REGISTER OF THE ACADIANS OF SAUZON
Declaration of Joseph LeBlanc of the village of Bernantec.
On March 6, 1767 appeared Joseph LeBlanc living at the village of Bernantec, parish of Sauzon, who in the presence of Joseph Babin, Louis Courtin, Pierre Doucet and Simon Pierre Daigre, all Acadians living on this island,witnesses, declared . . .
Of the marriage of Joseph LeBlanc and Magdelaine La Lande were born at Pigiguit,parish of l’Assomption, the following: . . . .
Marie LeBlanc in 1735, married at Isle Saint Jean to Anselme Guedry, son of Pierre Guedry and Marguerite Brosseau, presently living at Isles Sainte Pierre and Miquelon. “
4775,4776